Noticias del Mundo: Un Jour en Colombie
Aujourd’hui, mercredi 6 mars 2013, effectuons une brève incursion dans la presse colombienne. Quels sont les thèmes du jour, les sujets bouillants ? Petit tour d’actualité.
Après quatorze ans au pouvoir s’est éteint hier l’un des hommes politiques les plus charismatiques et critiqués de ces dernières décennies. Après vingt-mois de lutte acharnée contre le cancer, Hugo Chavez président du Vénézuela a délibérément dû abandonner son poste, rattrapé par le temps. Tous les journaux colombiens font de cet événement le sujet de leur une. El Tiempo attire l’attention par son titre « Fin de la era Chavez » (Fin de l’ère Chavez). Autrement dit la fin de celui qui a amené un changement radical dans la gauche d’Amérique Latine. El Nuevo Siglo quant à lui, frappe les esprits avec cette affirmation : « Venezuala con el corazon partio » (« Le Venezuela avec le cœur divisé »). En effet, la population demeure sous le choc de la nouvelle car bien que la liberté n’était pas la plus libre du monde, que le pays est l’un des pays les plus riches pour la vente du pétrole en dépit d’inégalités sociales parmi les plus fortes du monde, et qu’un grand nombre d’habitants vit dans certains des quartiers les plus violents d’Amérique Latine, el Comandante aura œuvré pour l’amélioration des conditions sociales. La réduction de la concentration des richesses et de l’exclusion ont été des thèmes importants des réformes de Chavez. El Espectador nous apprend qu’ « avec un investissement social qui dépasse les 40% du présupposé, le Chavisme a réussi à réduire de moitié la mortalité infantile et a éradiqué l’analphabétisme. » Néanmoins, que reste-t-il après sa mort ? C’est ce que se demande El Espectador dans sa une: « ¿Sobrevivira el Chavismo? » (“Est-ce que le Chavisme survivra?”). Que reste-t-il du renouveau de sa politique étrangère avec l’éloignement marqué et consommé avec les Etats-Unis, le soutien à l’Iran, la Palestine ou à certaines communautés du Nicaragua, des Etats-Unis et du Royaume-Uni? Que reste-t-il comme le surnomme El Tiempo du « messi du pétrole » ? Que reste-il après celui qui a changé le nom de son pays par vocation patriotique et sa constitution, ajouté une étoile au drapeau et ordonné avec excentricité que l’on fasse aérer les os du Libérateur, Simon Bolivar ? Que reste-il de son hyper présence sur la scène médiatique ? Que sera le Chavisme sans Chavez ? L’éditorial d’El Siglo évoque le futur du pays en insistant sur trois mots : démocratie, liberté et élections transparentes. Selon le journaliste, il convient d’éviter une division qui amènerait à une confrontation. La dernière volonté del Comandante doit donc être respectée et son bras droit Nicolas Maduro restera au pouvoir le temps de la transition. L’armée reste fidèle au régime car Chavez a été élu par le peuple même si ses abus envers les médias ont bafoué la démocratie. Maduro devra être élu à la loyale pour être respecté par les Vénézuéliens et le monde entier. Si cela n’arrive pas, comme dans les pays arabes, le risque d’éclatement est bel et bien possible, celui-ci pouvant être exacerbé par la présence non lointaine des FARCS et des mercenaires cubains, tous deux d’extrême gauche. Néanmoins, le problème actuel réside dans un modèle économique non viable. Le peuple ne souhaite pas demeurer sous le joug de Cuba et rêve d’une vraie liberté et de la démocratie. C’est pourquoi, Henrique Capriles, leader de l’opposition semble être en meilleure position qu’auparavant. Le leader charismatique n’est plus et la crise est dorénavant bien plus palpable. Son discours abordant son projet pour relever le pays pourra avoir un impact sur les citoyens ainsi que sur les absentéistes et les indécis. La réponse sera donnée dans trente jours.
Qu’en est-il des relations entre la Colombie et le Vénézuela ? Santos devra faire très attention dans les prochains mois à qui il s’adressera, la neutralité devra être de mise. Il aura pour mission de continuer le processus de réconciliation commencé après le mandat d’Alvaro Uribe (NDLR : 2002 à 2010) durant lequel Chavez soutenait la guérilla menée par les FARCS. Néanmoins, les relations politiques et économiques entre les deux pays semblent être relativement bonnes en ce moment. Santos a déclaré que la mort de Chavez était une perte pour son pays et la région. Les deux hommes ont commencé en 2010 la reconstruction des relations bilatérales et El Siglo rapporte les paroles du président colombien : « Le meilleur hommage que l’on puisse rendre [à sa mémoire] est de réaliser le rêve qu’il a partagé avec nous, celui d’arriver à un accord de paix pour la fin du conflit et voir une Colombie en paix ». Santos devrait donc se heurter à deux obstacles : le premier se déroulera ce vendredi lors des funérailles del Comandante à Caracas. Le président a confirmé sa présence et son échange obligatoire avec Maduros sera sous la vigilance de l’opposition. De plus, il s’agira aussi pour lui de choisir le bon comportement en cas d’un rapprochement du gouvernement temporaire de l’ancien bras droit de Chavez.
A propos des échanges commerciaux, l’inflation galopante de l’économie vénézuélienne estimée à un indice de 30% pourrait ralentir ses importations et freiner le commerce binational. L’un des principaux marchés affectés serait le commerce frontalier qui a déjà commencé à poser certains soucis de par les mesures de change du Vénézuela.
En évoquant les relations, qu’en est-il des négociations entre les producteurs de Cafés en grève et le pouvoir Colombien ? Après déjà dix jours de blocage des principales routes de la zone cafetière, le gouvernement et les représentants des producteurs se retrouvent aujourd’hui dans la ville de Perreira pour discuter de l’issue du mouvement. Par cette grève, certaines régions ne résistent pas au manque d’approvisionnement en nourriture et en combustibles. El Tiempo s’est rendu dans la ville de Popayan, fantôme depuis maintenant dix jours. En dehors, « la nourriture pourrit car les manifestants ne permettent pas qu’elle parvienne aux habitants de la ville. Moins de 10% des services publiques circulent encore dans ses rues car les véhicules demeurent sans carburant. Les étudiants ne se rendent pas en cours, les commerces sont fermés ».Le journaliste de l’Espectador reprend les mots de Santos qui a annoncé qu’en cas de poursuite du blocus, « les forces armées ont pour instruction de remplir l’obligation légale de garantir le droit de tous les colombiens ». L’un des leaders du Mouvement pour la Dignité Cafetière a déclaré que les négociations « ne doivent pas dépasser demain ou jeudi (maximum), cela dépend de l’attitude du gouvernement ». Les producteurs souhaitent obtenir un « prix de soutien » de 750 000 pesos (NDLR : 317.913 €) par caisse de café vendue. Une fois la protestation terminée, le gouvernement se mettra en quête des 900 millions de pesos (NDLR : 381 496€) promis au producteurs de café et de chocolat. Dans le cas du café, le dit soutien au revenu de la caféiculture (AIC : Apoyo al Ingreso de la Caficultura) a été augmenté, passant de 60.000 à 115.000 pesos par caisse de café commercialisée, pour le chocolat, l’aide a augmenté de 400.000 à 800.000 pesos par tonne vendue, comme le signale El Tiempo.
Enfin, le gouvernement est décidément sur tous les fronts. Les négociations suivent également leur cours à la Havane avec les FARCS. Tout doit s’accélérer, c’est ce que demande la délégation des membres du Congrès qui s’est rendue à Cuba pour constater l’avancée du dialogue dans le processus de paix attendu en Colombie. La date limite pour la signature du traité de paix est fixée à juin sans quoi il sera difficile de délimiter les démarches qui serviront de repères juridiques. Ivan Céda, membre du parti Polo Democratico, a déclaré qu’ « Il ne s’agit pas d’un ultimatum du Congrès mais d’exprimer une avancée dans les accords pour que la Colombie obtienne très rapidement la paix ».
Rémi Gourmel
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